Interviews

Interview : Sam Pitroda

15 septembre 2010

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Par un matin d’été chaud et ensoleillé, j’arrive pile à l’heure au Hilton – place de l’Etoile à Paris, pour rencontrer l’homme qui a « connecté » les Indiens entre eux ainsi qu’au monde entier, autrement dit l’homme à l’origine de la télé communication en Inde, une révolution qui lui a valu la reconnaissance des foules.

Toujours jeune de coeur et d’esprit sous un flot de cheveux blancs, cet homme d’affaires et surtout un inventeur de génie, m’attend dans le hall d’entrée. À ma grande surprise, il se révèle une personnalité des plus naturelle et chaleureuse que j’ai jamais interviewée.

Qu’est ce qui vous motive et vous inspire dans votre vie ? Comment avez-vous créé le travail de votre vie ?

Il m’est difficile d’analyser cela en quelques mots. Vous voyez, je suis né dans l’Orissa en 1942 de parents originaires du Gujarat. La seule connexion qu’il y avait alors avec le Gujarat était les valeurs de Gandhiji et Sardar Patel. À la mort de Gandhiji, tous les membres de ma famille ont suivi le rituel qui consiste à prendre un bain lorsque quelqu’un de la famille meurt.

Après le décès de Sardar Patel, mes parents ( analphabètes ) ont décidé de renvoyer nous les enfants, au Gujarat car il n’y avait pas d’écoles dans la partie de l’Orissa où nous vivions. Nous sommes donc allés près de Karamsad dans un pensionnat construit par Sardar Patel et basé sur les valeurs gandhiennes. C’est ainsi que nous avons grandi avec un sens profondément enraciné de notre tradition et de nos valeurs, le sens du sacrifice, l’amour pour tous, la vérité absolue, toutes devenues partie intégrante de notre vie.

Lorsque nous avons grandi, j’ai été le seul de la famille à aller à l’université. J’ai eu la chance de pouvoir aller aux Etats-Unis, d’y construire ma vie et de gagner de l’argent. Ensuite j’ai dû me sentir quelque peu coupable de manière inconsciente et j’ai commencé à penser que même si moi j’avais réussi le rêve Américaine, je n’en avais pas moins délaissé ma famille et mes compatriotes.

J’ai des amis de toutes sortes dans la vie. L’un d’eux, chauffeur dans le Kutch, a lu un jour dans le journal Chitralekha que le nom réel de Sam Pitroda était Satyanarayan Gangaram Pitroda et il m’a reconnu par ceci ; c’était un ami d’enfance. Alors il est venu jusqu’à Delhi, chez moi, mais mon gardien ne l’a pas laissé entrer. Pensant qu’il était un simple chauffeur à la recherche d’un travail, il lui a dit que le patron n’en avait pas besoin ! Il a attendu toute la journée à l’extérieur et lorsque je suis revenu le soir, je l’ai bien sûr reconnu. On est tombé dans les bras l’un de l’autre et l’on a pleuré. On ne s’était pas vu depuis quarante ans. Voilà ce que sont les racines !

Je suis entré dans les télécommunications aux USA et j’imagine que j’ai eu la chance d’être au bon endroit au bon moment. Un jour que j’étais à Delhi, je n’ai pas réussi à appeler ma femme qui, elle, était à Chicago ; c’était en 1979. Avec un peu d’arrogance et beaucoup d’ignorance, je me suis dit “Sapristi, je vais résoudre cela !” Je me dis quelquefois que je n’aurais jamais essayé de le faire si j’avais su tout ce que je sais aujourd’hui, mais l’ignorance est un grand avantage ! J’ai donc décidé de m’attaquer au problème et incidemment, j’ai fait la connaissance de Madame Indira Gandhi grâce à un ami commun. J’ai ensuite rencontré Rajiv Gandhi qui était à peu près de mon âge et nous nous sommes très bien entendus. Quand il est devenu Premier Ministre, nous nous sommes vus chez lui et sans en parler explicitement, il me disait, “Sam revient au pays” …

Lorsqu’il est venu aux USA pour une visite d’état, je l’ai rencontré avec ma femme. L’ambassadeur d’alors affirmait que Rajiv Gandhi n’avait pas de temps à nous consacrer, mais lorsque Rajiv a su que nous étions là, il s’est débrouillé pour nous accorder, à moi et ma femme Anu, 15 minutes entre deux réunions. Et il m’a dit « si vous devez revenir en Inde, il me faut d’abord convaincre votre femme ! »

C’est ainsi que je suis rentré en Inde avec ma femme et mes enfants afin de travailler pour lui. Cela a été un des meilleurs moments de ma vie. Puis j’ai eu une crise cardiaque, j’ai subi un pontage, Rajiv Gandhi est mort, je n’avais plus d’argent puisque j’avais travaillé onze ans sans salaire et j’ai dû retourner aux USA pour gagner ma vie afin que mes deux enfants puissent aller à l’université etc. Comme j’avais renoncé à ma nationalité américaine pour pouvoir travailler avec le Premier Ministre, j’ai eu du mal à avoir un visa pour les USA. Finalement j’y suis parvenu et j’ai pu y travailler. Il m’est toujours possible de prendre ma retraite, mais ce n’est pas amusant.

J’ai 68 ans, je n’ai pas besoin de travailler, mais si je ne travaille pas, qu’est-ce que je vais faire ? Mon travail est intéressant. Combien de personnes auront cette chance ? Voyez plutôt l’autre côté des choses : j’ai décidé du genre de travail que j’ai eu, et une fois décidé ce que je veux, personne ne peut me dire ce que j’ai à faire. C’est moi qui décide la plupart des choses.

Quand l’opportunité se présente, on la prend et l’on essaye, bien qu’on ne réussisse pas forcément dans tout ce qu’on entreprend. Je ne sais même pas d’où vient cette motivation.

Votre sens de la contribution vous tient à coeur, n’est-ce pas ?

Oui, je pense qu’on doit le conserver. J’ai 5 à 10 ans devant moi – je le sais, il faut rester pragmatique – aussi comment y arriver en 5 à 10 ans ?

Lorsque vous avez commencé la révolution de la télécommunication en Inde avec Rajiv Gandhi, il y avait beaucoup à faire. Jusqu’à quel point pensez-vous avoir réussi dans l’exécution actuelle du projet ?

Au total, je pense que nous avons très bien travaillé. Nous avons semé des graines dans une bonne ligne de conduite, ensuite beaucoup de personnes nous ont aidés, des ingénieurs talentueux, des entrepreneurs, des jeunes venus des générations d’affaires, des décideurs. Les graines ont été semées au milieu des années quatre-vingt et dès les années quatre-vingt dix, les gens ont bien compris de quoi il retournait. Cela a eu des effets pour les logiciels, les ordinateurs, l’informatique, et dès lors le système a pris son envol.

Nous avions un millier d’employés à Cdot. Certains d’entre eux occupent aujourd’hui des places de première importance dans l’industrie de la technologie informatique mondiale. Je les rencontre à Microsoft, à Intel, dans leurs propres sociétés, comme ce gars que j’ai rencontré une fois à Hyderabad, Krishnamurthy. Je lui ai demandé ce qu’il faisait à ce moment là, et il m’a dit , “je suis le vice-président de l’entreprises où je travaille”. Et vous savez quoi ? Il dirigeait une organisation de plus de cinq mille personnes pour Wipro.

Il s’agissait donc de bien plus que de simple technologie informatique, c’était une infrastructure humaine que vous construisiez ?

C’est le talent humain qui en a été la clé. Nous avons construit un grand potentiel humain. Nous avons construit plus que la technologie informatique, nous avons créé des entrepreneurs, nous avons créé l’espoir que cela allait se faire et par-dessus tout, en le faisant, nous avons créé de la fierté. Et bien sûr cela a eu pour effet de se propager.

Outre la technologie informatique, vous êtes également le président de la National knowledge Commission ? (Commission de conseil au premier ministre pour les reformes de l’éducation)

J’aimerais que tout le monde puisse jeter un coup d’oeil au site web – http://www.knowledgecommission.gov.in Il y a des milliers de pages sur des sujets très intéressants. Nous nous concentrons principalement sur trente d’entre eux. Nous avons avancé plus de 300 propositions et le gouvernement les met largement en oeuvre en les soutenant par des bibliothèques, orientées vers l’enseignement supérieur, l’éducation scolaire, la connaissance des réseaux du net, le droit à l’instruction, etc. Le Premier Ministre a beaucoup prêté son appui à l’effort fait par la commission.

Si vous avez cette vision de ce que doit être l’éducation dans une nation comme l’Inde, la réalité est que l’éducation dans les zones rurales est de peu de qualité et difficilement accessible. Comment résoudre de si grandes difficultés ?

La demande d’instruction est très forte en Inde et ces besoin ne sont pas satisfait du tout. Il y a des personnes qui veulent contrôler la source de l’éducation, les politiciens, les bureaucrates. Les professeurs qui donnent des leçons particulières veulent gagner plus d’argent et donc contrôler les fonds. On peut dire qu’il y a toute une mafia souterraine dans l’éducation. Aux USA, la mafia est le syndicat des professeurs. Une jeune fille coréenne à Washington a pris la tête de ce syndicat dans l’espoir de le changer.

En ce moment, notre ministre de l’éducation, Kapil Sibal, propose plusieurs projets pour la réforme de l’éducation en Inde. Après que le premier ministre ait nommé une commission et rassemblé les recommandations, nous avons tous décidé d’allouer 67 milliards de dollars pour cette réforme. Donc si on me pose la question, je dirais que c’est fait. A présent, le système en place doit trouver le moyen d’utiliser les ressources qui correspondent aux recommandations. il y aura bien sûr un peu de corruption au passage, ainsi qu’un peu de désordre, mais le fait que le gouvernement de l’Inde a décidé de dépenser cinq fois plus d’argent pour l’éducation qu’auparavant, montre l’importance de l’éducation en Inde.

Quel est la part du montant et des reformes qui atteindra les zones rurales ?

Je suis sûr qu’on y arrivera car nous utiliserons la technologie de façon massive. Bien entendu nous ne résoudrons pas tous les problèmes d’un seul coup, les problèmes relatifs à l’eau, aux réseaux routiers, ou aux infrastructures. Cela prendra du temps pour que cela s’infiltre du haut vers le bas et change la plupart des choses. Ici la clé est de donner du pouvoir aux gouvernements locaux, les panchâyat. Au bout du compte, chaque panchâyat s’occupe de cinq mille personnes. Et nous avons 250 mille panchâyat. Par conséquent si nous pouvons éduquer les panchâyat, les structurer correctement, leur fournir les outils informatiques appropriés, leur apprendre à placer des fonds, à utiliser avantageusement les crédits du gouvernement, les systèmes, les transmissions, à gérer des projets locaux tels des écoles, alors on peut espérer de grands changements. Aujourd’hui, l’éducation est centralisée. Si l’enseignant de l’école du village ne vient pas au travail, les locaux s’en soucieront et s’en occuperont, mais pas le gouvernement centrale de Delhi.

Je suis très optimiste du futur magnifique de l’éducation en Inde et je crois que cela viendra.

J’aimerais parler de votre visite ici. Qu’est ce qui vous amène en France aujourd’hui ?

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas eu l’opportunité de venir en France. J’y suis venu pour faire des rencontres à titre personnel. Christine Lagarde est une amie de longue date ; lorsque je faisais partie du conseil d’administration de l’Institut Technologique de l’Illinois, je l’ai rencontrée plusieurs fois ici et là.

Et cette année, j’ai été invité par Ms. Brune Poirson pour faire part de mon opinion à une conférence économique à Marseille. J’ai été interviewé à Paris par des journaux, comme le Monde et j’ai rencontré le Medef pour un débat etc. Je suis en contact avec des gens très divers, j’essaie de comprendre ce qui se passe ici. Par la même occasion je leur parle de la croissance de l’Inde, de notre focalisation sur les innovations, de la façon dont les sociétés françaises peuvent y participer.

Je vois à quel point cette société est inquiète de la crise financière actuelle. Les gens essaient désespérément de lui trouver une solution. Ils se préoccupent de la Chine, de l’Inde, mais ils comprennent très mal qu’en réalité on ne peut pas résoudre le problème comme avant.

On ne peut pas retourner en arrière, retrouver les choses telles qu’elles étaient ; le monde a changé. Il faut accepter le changement. Ici, l’Occident doit accepter que le monde nouveau aura pour partenaires majeurs l’Inde et la Chine. Il faut avancer, restructurer ses propres institutions et ses propres aspirations pour les faire correspondre aux aspirations globales. Jusqu’à présent, la plupart des nations occidentales ont eu la main mise sur les ressources, mais cette phase est révolue. Il faut donc accepter cela et avancer. On a l’impression que les nations d’ici en sont encore à débattre du sujet et ne s’en dégage pas. .

C’est l’Inde qui parle ici à travers vous…

Bien sûr…

Et pensez-vous que la relation franco-indienne, en parlant du secteur de la technologie informatique, peut changer pour évoluer vers quelque chose de plus qu’un simple service ?

Notre collaboration, sans aucun doute peut être bien davantage. Il y a plus que la technologie informatique. Nous pourrions collaborer dans le nucléaire, dans l’agriculture etc. Nous avons grandement besoin de techniques agricoles en Inde. La croissance du secteur agricole est de 2 pour cent alors que la croissance nationale est de 8 pour cent.

Je crois aussi que l’échange dans le secteur de la technologie informatique peut s’installer dans un troisième pays via la France, comme l’Algérie ou la Tunisie etc. pour l’Inde.Cela a besoin de se développer. Quand on ne se préoccupe que du fait de savoir comment les sociétés françaises pourraient venir en Inde, cela est clairement insuffisant.

La future relation entre nos deux pays pourrait bien dépendre du rôle de la diaspora indienne en France dans divers domaines. Quel serait votre message à leur intention ?

Comme pour toute diaspora, telle la diaspora en Grande Bretagne et aux Etats Unis, il est temps pour la diaspora indienne en France de s’engager en Inde. c’était encore trop tôt il y a dix ou vingt ans. Cela exige de la patience, de l’énergie et de l’effort. Aujourd’hui il y a de multiples plateformes comme le ministère des NRI (expatriés) ou le CCI ou le FICCI etc. et le dernier né – la journée de Pravasi Bharatiya Divas. (Foire, Conférence et Rencontre en Inde pour les NRIs)

Ils peuvent également songer à être consultants, ils peuvent faire des affaires, ils peuvent apporter de la technologie, ils peuvent créer des partenariats ou travailler dans des ONG, construire une école dans le village natale, créer un projet d’hôpital ou clinique, parler aux écoliers, donner des discours dans les universités etc. A eux de décider de ce qu’ils peuvent faire. L’agenda reste très personnel. L’opportunité et la nécessité à s’engager sont énormes.

Est-ce que vous vous considérez vous-même comme un modèle à suivre ici ?

Je suis plutôt un exemple qu’un modèle à suivre. Pour moi je fais ce qui est juste, mais cela ne l’est peut-être pas pour quelqu’un d’autre. Mes fils me disent que je devrais faire de l’argent, et pourquoi est-ce que je continue dans la voie de la contribution sans gagner des millions pour moi ?

Ils ont bien sur droit d’avoir leurs idées et leur opinions sur ce je fais. Ils pensent qu’avec mon réseau et ma technologie etc., je peux édifier une société de plusieurs millions de dollars ; c’est une question de point de vue. Ma femme insiste pour que je reste à la maison à Chicago et ne voyage pas si souvent vers l’Inde. Après tout, j’ai eu deux pontages et un cancer ! Elle pense que je suis fou de voyager toutes les trois semaines en Inde.

Quelle est votre appréciation de la France ?

Oh, c’est un grand pays. J’ai pris le train de Marseille à Paris et on se rend compte de la beauté du paysage, verdoyant, propre, son niveau de vie est élevé, mais comme bien d’autres pays développés, il est en train de subir une transformation. Il faut qu’on s’adopte à la globalisation, ici. L’heure n’est plus à se renfermer mais plutôt à s’ouvrir.

En tant qu’amoureux des arts et gastronome vous êtes dans le bon pays…

J’aime la peinture et aller aux expositions. Hier dans un hôtel à Marseille, j’ai vu un livre sur les peintres, je l’ai feuilleté et ils me l’ont offert… Venir ici après si longtemps c’est comme une fête pour les yeux – La mode, l’art, le beau temps, la bonne chère…c’est vraiment merveilleux.

Entretien avec François-Xavier Delmas du Palais des thés

3 mars 2011

For Inde-en-ligne.com

La consommation de thé en France augmente de jour en jour. Une enquête sur les raisons du déclin du café face au thé, nous conduit, au cœur de la capitale, à une fabuleuse boutique qui offre quelques-uns des meilleurs thés qu’on peut trouver en Europe.

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La plupart d’entre nous vont au supermarché s’approvisionner en thé, sous forme de boite ou pire encore, en sachets. Mais ici dans l’ambiance magique et splendide du Palais des thés, on trouve plus que ce qu’on est venu chercher : le véritable plaisir de thés uniques.

Après avoir localisé les bureaux du Palais des Thés, je demande un rendez-vous pour interviewer François Xavier Delmas – le théologue. Cet expert, globe-trotter passionné, arpente les plantations de thés depuis presque 25 ans à la recherche des meilleurs crus. Pour le fondateur du Palais des Thés, voyager c’est aller à la découverte des cultures du monde. Je me retrouve devant cet Indiana Jones du thé et découvre un homme fin, sensible, vif qui me présente sa passion rare et surprenante.

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Avant de démarrer l’entretien, il installe devant moi un plateau de trois thé à déguster. Trois thés qu’il prépare lui-même avec soin, trois thé verts de la même plantation recueillis en trois saisons différentes. Il y a devant moi une tasse de printemps, une tasse d’été et une tasse d’automne et je commence à oublier l’hiver gris d’un Paris gelé que je laisse derrière moi pour un voyage intéressant dans l’univers du thé… Des photographies du vert brillant des plantations ornent les murs et son livre sur le thé que je feuillette se trouve dans le hall d’entrée.Les gens s’activent comme des abeilles dans les bureaux derrière nous et j’ai l’impression de me retrouver dans les locaux d’une start-up de Silicon Valley plutôt que dans une maison de thé.

Quand il parle de sa passion, François Xavier Delmas sourit presque tout le temps, même avec ses yeux. Heureusement on ne me demande pas mon avis sur les thés que je déguste, juste celui que je préfère… Hmm, je crois que c’est l’Automne… Et puis encore peut-être bien que c’est le printemps.

Comment expliquer cette augmentation de consommation du thé en France, lui demandé-je. Il commence par faire une comparaison entre le thé et le vin. Il faut apprécier sa couleur, son arôme, son goût, ses notes. Comme en France on est déjà bien habitué à apprécier les subtiles nuances des produits fins, surtout le vin, il n’est pas très difficile d’en faire autant avec le thé. Selon lui, il vaut mieux boire le thé sans sucre ni lait, sans aucun autre ajout, et remplacer sa tasse de café par le thé est un choix judicieux car le thé, sur le plan bien-être, apporte davantage de bienfaits. Quand il commence à travailler dans le domaine du thé, il ne ressent pas de passion immédiate pour lui. Il découvre petit à petit le thé et il est lui-même surpris de sa passion présente qui lui fait passer plus de six mois par an à trouver les meilleurs thés du monde.

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On commence à aborder le sujet du thé. François Xavier Delmas m’explique que l’Inde a la chance d’être associée au légendaire thé « Darjeeling ». La connexion entre un thé de qualité et l’Inde est toute naturelle. Ce qui n’est pas le cas d’un pays comme le Sri Lanka par exemple.

Eh oui, je découvre qu’il y a une place spéciale pour l’Inde dans son cœur de chercheur de thé. Il m’impressionne par un Hindi parlé avec très peu d’accent, ce que j’ai rarement rencontré chez les Français. Je crois que je vais avoir très peu de « critique » à faire à propos de mon nouvel ami… Et puis qui a dit qu’il faut être critique et toujours trouver ce qui ne va pas chez les autres pour être un bon journaliste ? J’ai toujours apprécié le thé comme une boisson incontournable et je pense apprécier à sa juste valeur l’expérience de cette personne qui s’offre à partager sa passion. Et j’ai beaucoup à apprendre à propos du thé…

Quel est selon vous le thé indien par lequel il faut commencer si l’on n’est pas un connaisseur ? Le masala Chai, me répond-il sans hésiter. Bien entendu j’évite de lui rappeler qu’il vient juste de me dire qu’il ne faut ajouter au thé ni lait ni sucre… D’après François Xavier Delmas, le Chai est la boisson suprême de l’Inde. On peut y rajouter une variété d’épice pour donner le goût qu’on veut. J’ai grandi avec le chai et je reprends confiance avec ma connaissance du thé en face de ce Goliath. On ne peut pas y ajouter n’importe quelle épice bien sûr. Je me souviens une fois être allée chez une amie qui rentrait d’un voyage en Inde. On lui avait dit qu’on doit mélanger plein d’épices pour faire un vrai chai et elle nous en a servi avec du curcuma et des piments rouges ! Elle a été la seule à siroter son thé, tandis que nous cherchions dans quelle plante de son appartement, on pouvait bien verser notre tasse sans qu’elle s’en aperçoive !

François Xavier Delmas me dit ensuite que son thé préféré est le Darjeeling. Ah enfin, le connaisseur je me dis. Le Darjeeling de son Palais des Thés est un must selon lui. Il m’explique que chaque lot de thé est différent et qu’on ne retrouve jamais le même goût d’une année ou d’une récolte à l’autre. Le thé varie selon le climat, la température, l’altitude, la pluviosité etc. Dans les Himalayas, les plantations sont en forme de terrasses et la plantation de thé varie d’une terrasse à l’autre. Selon la pente et l’altitude, la même plante peut donner un thé au goût différent.

Donc dans sa boutique, vous ne risquez pas de retrouver exactement le même thé que l’année dernière ou du dernier lot. C’est de l’originalité à l’état pur n’est-ce pas ? Cela peut être triste si on a pris goût à un thé particulier. Aussi un conseil, si vous aimez votre thé, faites comme moi, retournez vite au Palais des thés et faites vos provisions. Je ne l’ai pas regretté !

François Xavier Delmas prépare le thé pour moi avec sa bouilloire et un minuteur. Je lui pose des questions sur la manière de déguster le thé. C’est simple, me dit-il, il faut seulement respecter le temps d’infusion et la température de l’eau.

Tout en partageant ses précieux conseils, il continue à me raconter son expérience en Inde où il se rend souvent pour de longs séjours. Il demeure souvent chez les familles de producteurs de thé et s’attache particulièrement à la vie locale. Après avoir visité son blog, www.chercheurdethe.com, je sais qu’il est très sensible aux conditions de vie des travailleurs des plantations à Darjeeling et ses environs et dont la plupart sont originaires du Népal.

Il me raconte comment il a même été hébergé par des familles de travailleurs sur une plantation où l’on ne le connaissait pas. Reçu chez eux comme un simple touriste de passage, il a pu participer à leur vie pendant quelques jours et constater leurs conditions de vie. Le Palais des Thés fait des efforts énormes pour améliorer la situation de ces travailleurs qui ne gagnent pas beaucoup, le thé étant le monopole de sociétés basées à Kolkatta qui ne prennent guère en compte la situation des familles pauvres travaillant sur les plantations.

Il exige une situation toujours plus décente pour les travailleurs des plantations où il se procure son thé car il considère que le Palais des Thé est une organisation responsable. Je sens qu’il est concerné par plus que ses profits et sa passion. Je me demande ce qu’un étranger comme lui peut apporter en termes de volume d’affaires aux Indiens et s’il peut vraiment changer la situation de ces pauvres paysans népalais. Mais je le félicite d’essayer et au moins y croire.

Je finis mes trois tasses de thé et je commence à me sentir réchauffée et à l’aise. IL me parle des techniques de greffage et de croisement des plantes à thé. Ses préférés sont Darjeeling, Puttabon, Singbulli, North Tukuar. Du chinois pour vous ? Pour moi aussi, mais j’ai noté les noms et la prochaine fois que j’irai au Palais des thés, j’aurais les noms suprêmes !!! Dans la progression de la connaissance du thé, il suggère le chai pour les débutants, ensuite un thé vert, puis un Darjeeling. On peut après continuer l’exploration car le Palais des Thés offre aux amoureux plus de 400 variétés que notre ami nous ramène de ces périples dans le monde. Les emballages sont très jolis, toute une gamme de thés, des tasses, et davantage encore. Alors qu’est ce que presque toutes mes amies ont reçu en cadeau à Noël ? Vous l’avez deviné, une farandole festive de paquets aux couleurs, aux parfums et aux goûts uniques ! Si vous avez un après-midi de libre, allez au Palais des Thés. Plongez dans un Orient mystérieux et lointain où l’on trouve quelque chose pour toutes les bourses et même une école de thé pour s’initier aux plaisirs du thé.

Je remercie François Xavier Delmas qui m’accompagne à la porte, heureuse d’avoir fait la connaissance d’un être humain au mélange si rare. Sa passion si bien reflétée dans sa recherche et son blog ravive nos tasses d’épices et de parfums venus de jardins d’Orient et apporte un peu de chaleur sous les cieux gris d’un hiver qui semble parfois durer une éternité…

-  En savoir plus : www.palaisdesthes.com